Comment accomplir ses rêves…

Le texte que je vous propose ci-dessous est une traduction de la conférence de Jessica Gimeno titrée « Comment accomplir des choses lorsque vous êtes déprimé ». Elle y donne des pistes concrètes et exploitables par nous tous, bon jour ou mauvais jour, déprime ou pas ! Son enthousiasme, ses compétences en gestion du temps, de l’énergie, de la motivation, me semblent particulièrement inspirants pour toute personne menant un projet ambitieux, comme par exemple, réaliser un rêve, pourquoi pas ?

C’est parti pour la transcription / traduction !

La dépression demande de l’entraînement.

Certains d’entre vous pourraient bien entendre cela et dire « Jessica, c’est absurde. Est-ce que tu connais mon patron ? As-tu rencontré mon ex ? Ne sais-tu pas que les maladies mentales courent dans ma famille ? Je n’ai pas besoin d’essayer d’être déprimé. C’est juste le cas. »

Ce que je dis en vérité, c’est qu’avoir une belle vie avec une dépression demande de l’entraînement. Être productif chaque jour en dépit de la dépression demande de l’entraînement. Être un étudiant ou un employé atteint de dépression demande de l’entraînement.

J’ai beaucoup d’expérience de la dépression à la fois personnellement et professionnellement, mais avant d’en dire plus, je veux partager avec vous quelques chiffres qui illustrent la façon dont la dépression nous impacte tous en tant que société. D’après l’OMS, d’ici 2020, la dépression sera le second plus grand handicap au monde. Deuxième seulement après la cécité.

L’institut national de santé mentale nous dit que la dépression est la première forme de handicap parmi les américains de 15 à  24 ans, empêchant des millions de gens de finir leur scolarité ou de garder un travail. Psychology today appelle cela le présentéisme. Le phénomène à cause duquel des entreprises perdent des billions de dollars chaque année, en perte de productivité. À cause d’employés déprimés qui viennent au travail, mais ne travaillent pas réellement. Tout cela montre que la dépression peut être aussi affaiblissante qu’un obstacle physique. Comme par exemple se promener avec une canne. Mais lorsqu’il s’agit d’un handicap visible, on considère comme évident le fait que d’apprendre à vivre avec ce handicap va demander de l’entraînement. Cela inclut des choses comme de la kinésithérapie.

Et pourtant, quand il s’agit de dépression, nous pensons qu’une étiquette et des médicaments suffiront à prendre en charge le handicap. J’ai travaillé pendant des années comme bénévole dans des organisations de santé mentale, et bien que je sois reconnaissante pour les grandes avancées que nous avons fait avec les campagnes anti-stigmatisation, il est temps d’aller au delà du fait d’obtenir un diagnostic pour donner aux gens de véritables mécanismes pour gérer le handicap. Parce que sans mécanismes pour y faire face, nous sommes piégés dans une spirale infernale. Être déprimé amène à prendre du retard, et prendre du retard mène à plus de dépression.

 

Alors laissez-moi vous dire pourquoi je suis si profondément attachée à cette cause. J’ai eu une enfance heureuse, j’étais la plus jeune de 15 petits enfants, et nous étions très proches. Et pourtant en dépit de la foi, de la famille et des amis, j’avais ces moments sombres et la seule façon dont je pourrais les décrire serait de les appeler des « flashs de gris », dans une enfance par ailleurs rose bonbon.

Je me rappelle mon premier épisode, j’avais huit ans, et on allait à l’école. Et tout d’un coup j’ai pensé : « Mince, tout cela n’a pas de sens. Je ne sais pas, je me sens comme si j’allais juste vivre 70 ans puis mourir et aller au ciel, alors je ne vois pas pourquoi on va à l’école, je ne vois pas pourquoi on va au travail, je me sens juste vraiment vide. » Et heureusement ces moments étaient très rapides. Cependant quand je suis devenue adolescente, ces moments sombres se sont étirés en heures, et les heures sont devenues des semaines, et parfois les heures et les semaines sont devenues des mois. Et pendant ces épisodes dépressifs, j’avais des crises de larmes, je trouvais difficile de me concentrer sur quoi que ce soit et parfois j’avais des idées suicidaires. Mais tout aussi bizarrement que ces épisodes dépressifs arrivaient, ils disparaissaient. Et ils étaient remplacés par des épisodes de véritable stabilité et de joie. Et par fois des sommets où il me fallait 5 à 6 heures pour m’endormir et où j’avais d’incroyables explosions de créativité artistique, où je pouvais finir une peinture qui demande quatre semaines de travail, en quatre heures. Et donc, les montagnes russes émotionnelles ont continué jusqu’à ce que j’aie une épiphanie à l’âge de 18 ans. J’étais première année à la fac, et un ami souffrant de trouble bipolaire s’est suicidé. Cela m’a poussée à me documenter sur la maladie et tout a commencé à avoir du sens. J’ai réalisé que j’avais les symptômes d’un trouble bipolaire. Cela expliquait les inexplicables épisodes dépressifs, l’excitation, qui en fait était due aux « phases maniaques » du trouble bipolaire, où je ne pouvais pas dormir, et où mes pensées fusaient à toute allure. Alors j’ai vu le psychiatre du campus, qui m’a également diagnostiquée bipolaire, et j’ai pris une deuxième opinion, qui a confirmé le diagnostic. Après cela, avec une thérapie et des médicaments, les choses allaient beaucoup mieux.

Mais. Quelque chose. Manquait. Ce que personne ne m’a appris, c’est comment accomplir des choses lorsque j’étais déprimée. Alors de mon propre chef, j’ai développé des stratégies créatives. J’ai obtenu mon diplôme à North Western University, avec les honneurs, et avec deux diplômes. J’ai participé à la  « North western speech team« , j’ai été championne dans mon état, et aux quarts de finale nationaux, puis semi-finaliste aux nationales. Je suis aussi co-fondatrice d’une organisation qui aide les étudiants déprimés sur le campus.

Mais le trouble bipolaire n’était pas mon seul défaut. A 19 ans, on m’a diagnostiqué un syndrome des ovaires polykystiques très pénible. En ensuite quand j’ai eu 24 ans, un ouragan neuro-musculaire auto immune du nom de Myasthenia gravis envahit ma vie. Je n’oublierai jamais mon premier épisode. Je montais cette longue volée de marches au travail, en ce beau jour ensoleillé, quand soudain je n’ai plus rien senti en dessous de ma taille. Et donc j’ai continué à tomber, et tomber, et je pouvais entendre mes talons hauts dévaler les escaliers…. Tout d’abord, j’ai pensé « où sont mes quadriceps ? Je sais que je les ai emportés avec moi quand j’ai quitté la maison ce matin ! » Mais là, mais pensées sont devenues sombres, un étudiant a enjambé mon corps mou, parce qu’il était en retard pour les cours. Et mon esprit criait « Lève-toi« , mais mon corps ne pouvait pas bouger, et je ne pouvais pas parler.

Quelques semaines plus tard, j’avais été diagnostiquée et hospitalisée dans un état critique de Myasthenia gravis, le docteur me donna 50% de chances de survie. Et ça, c’était il y a sept ans. Alors aujourd’hui, je marche avec une canne à cause de la Myasthénie.  Et les gens me demandent souvent « Hey, comment ça fait de vivre avec 5 maladies ?  » Et je leur dis la vérité, je leur dis « Eh bien, je me vois comme Rocky, et je vois mes 5 maladies comme les différents adversaires de Rocky. »

Alors, le trouble bipolaire c’est Apollo Creed, le syndrome des ovaires polykystiques c’est clairement Ivan Drago, la Myasthénie c’est Mason Dixon, l’asthme c’est Cluber Lang et le psoriasis c’est Tommy Gunn. Les chances d’attraper les trois premières de ces cinq maladies sont de une sur 50 millions. Et après cela j’ai arrêté de compter parce que je me suis dit que ça ne servait plus à rien. Donc, tous les jours je me réveille avec des douleurs, et ce que je fais quand je me réveille c’est que je mets « Eye of the Tiger », et je mets mes gants de boxe de Rocky, et je prie Dieu de me donner la force de traverser un jour de plus. Aujourd’hui je suis activiste dans la santé, écrivain et conférencière, j’ai tenu mon propre blog , »Fashionably ill« , qui a été primé, et qui parle du fait de survivre à la douleur avec style et humour, et je suis contributrice de plusieurs autres sites internet dont le Huffington Post, et NSNBC a fait un documentaire sur ma vie, Psych Central m’a nommée « héroïne de la santé mentale »…

Et à l’heure actuelle, je suis vraiment excitée par un projet sur lequel je travaille : je suis consultante sur un projet avec Rutgers University et l’université du Massachussets medical school. Nous développons un programme qui aidera des jeunes adultes atteints de graves maladies mentales à finir leur scolarité et à trouver un emploi qui ait du sens pour eux. Et c’est de cela que je veux parler aujourd’hui : comment accomplir des choses quand vous êtes déprimé ?

Les trois thématiques auxquelles on va s’intéresser sont :

  • la pro-activité
  • l’urgence
  • la difficulté

La pro-activité. Que signifie être pro-actif ? Avez vous un plan d’attaque pour la prochaine fois où vous serez déprimé ? Laissez-moi faire une comparaison. Au fil des ans ma Myasthenia gravis s’est améliorée avec les médicaments, la kinésithérapie, les compléments alimentaires, l’entraînement. Mais. Il y a toujours des moments où tout d’un coup, je ne peux plus sentir mes jambes, ou je perds les sensations d’une moitié de mon corps, parfois le côté gauche, parfois le côté droit. Et l’autre jour, je parlais à l’un de mes étudiants (je coache des débats au lycée), et je sentais que je perdais les sensations de mes jambes. Alors je me suis immédiatement mise en action. Je me suis agrippée plus fort à ma canne, parce que je savais ce qu’il allait se produire. De la même façon, quand je sens que je tends vers la dépression, je me mets en action. J’appelle ma thérapeute immédiatement, je prévois un rendez-vous. Je me mets à faire plus d’exercice que d’habitude. Parce que l’exercice relâche des endorphines, les hormones du bien-être. Elles nous aident à combattre le stress et la dépression.

Mais pour pouvoir établir un plan, il faut savoir deux choses : vos symptômes de dépression, et les stratégies qui fonctionnent pour vous. En général, quand on parle de symptômes de dépression, on fait une liste générique. Vous l’avez sûrement vu dans une brochure ou lu quelque part sur internet, mais la vérité, c’est qu’il n’y a pas deux personnes qui soient exactement identiques. Alors, quels sont vos symptômes de dépression ? Certaines personnes perdent l’appétit quand elles sont déprimées. D’autres personnes ont tendance à manger trop, certaines personnes font de l’insomnie. Pour d’autres, ils dorment trop. Certaines personnes ont des crises de colère, et pour autant, de nombreuses personnes souffrant de dépression n’ont pas du tout d’humeurs. Connaissez-vous vous-même. En plus de connaître vos symptômes, vous devez identifier maintenant quelles stratégies fonctionnent pour vous. De quoi avez-vous besoin quand vous êtes déprimé ? Est-ce la foi, est-ce la famille, est-ce les amis, est-ce l’exercice physique, est-ce le fait de lire, ou d’écouter de la musique ? Identifiez ces stratégies maintenant pour pouvoir vous mettre en action dès que vous voyez vos symptômes.

L’autre jour, ma nièce m’a fait une visite surprise très agréable, et j’étais vraiment heureuse de la voir. Et quand elle m’a embrassée, elle m’a dit « Tante Jessica, est-ce que tu sais que tu as de la pâte dentifrice dans tes cheveux ? » Et donc j’ai appris que : pâte dentifrice dans les cheveux = dépression. Pour moi, en tout cas. Connaissez-vous vous-même, planifiez maintenant, n’attendez pas, soyez pro-actif. La meilleure défense est une bonne attaque.

En plus d’être pro-actifs, on doit comprendre le concept d’urgence. L’urgence consiste à sortir des nuisances sonores, et se concentrer sur ce qui est important. Laissez-moi vous donner un exemple de ce qu’il ne faut pas faire. À l’université j’avais ce cours intitulé « sociologie du crime« .  Et une fois de temps en temps; le prof nous montrait des extraits de films classiques de mafia, comme Le Parrain ou Les Affranchis. Et donc j’avais ce plan brillant pour les examens. Je pensais que c’était un excellent plan. J’allais finir de lire tout le manuel, j’allais réviser toutes les notes de cours, et j’allais voir l’ensemble de ces films de mafia. Le test avait lieu un mardi, j’avais réservé mon dimanche pour voir tous ces films de mafia. Le Parrain, Les Affranchis, Casino,  et… Ce dimanche est passé, j’ai regardé tous ces films. J’avais réservé lundi pour lire le manuel. Lundi est arrivé, et je me suis réveillée déprimée. Et je suis restée déprimée. Alors mardi matin est arrivé, et je n’avais absolument rien lu. Je suis allée à l’examen, et pour chaque question du test, je ne plaisante pas, mes réponses étaient : « Et bien, dans Les Affranchis, Henry Hill joué par Ray Liota, il a fait ceci… ou alors Lorraine Bracco a fait cela… » ou.. « d’après Vito Corleone ». Est-ce que ça n’aurait pas été génial si mon professeur m’avait récompensée pour l’audace de mes réponses ? Il ne l’a pas fait. Il a dit que c’était formidable que j’aie acquis la maîtrise du cinéma de mafia, mais qu’il apprécierait que je lise le manuel la prochaine fois. Alors de toute évidence, si je devais tout recommencer, étudier le manuel serait cent ou mille fois plus important que de regarder Le Parrain.

L’urgence, c’est être capable de comprendre ce qui est plus important, et ce qui est le plus pressé. Alors j’ai une to-do list quotidienne. Si quelque chose doit être rendu aujourd’hui, cette tâche obtient 4 étoiles. Demain, 3 étoiles. Dans la semaine, 2 étoiles. La semaine prochaine, 1 étoile. Et quand je suis déprimée, j’ignore toute tâche qui aurait moins de 3 étoiles. L’urgence, c’est aussi être capable de dire non aux tâches non-essentielles. Alors, respecter un délai au travail est essentiel. La vente de petits gâteaux à l’église n’est pas essentielle. Quand on dit oui à tout, on augmente notre stress. La maman de l’un de mes amis, le pasteur Bege Wiegman at Perryville Lutheran Church dit ceci : « Si vous ne pouvez pas dire non, alors vos ouis n’ont aucun sens ».

Troisièmement et pour finir, accomplir des choses quand vous êtes déprimé signifie comprendre les degrés de difficulté. Donc quand je suis déprimée, je note toutes les tâches 1, 2 ou 3. Si c’est une tâche facile, c’est un 1. Comme par exemple prendre mon petit déjeuner ou prendre douche. Si c’est une tâche modérément difficile, c’est un 2. Et les 3 sont réservés pour les tâches difficiles. Par exemple finir un papier à l’université ou prévoir un rendez-vous avec le prof de votre enfant. Ou répondre à une deadline difficile au travail. Et quand je suis déprimée, je me concentre sur le fait de finir toutes les tâches de niveau 1 en premier. Et chaque fois que je barre une chose de ma liste, même si c’est prendre une douche, je me sens plus forte et je pense « bipolarité, fais gaffe, j’arrive, j’ai la situation bien en main ! ». Et lorsque je termine toutes les tâches de niveau 1 et 2, j’ai construit la confiance pour attaquer les tâches de niveau 3.

Et vous pouvez aussi vous aider en transformant une tâche de niveau 3 en tâche de niveau 1. Je me souviens d’une fois où j’étais dans le cabinet de ma thérapeute, et je lui ai dit « vous savez, je veux vraiment faire de l’exercice, parce que l’expérience me dit que quand je fais de l’exercice, je me sens mieux vis-à-vis de mon trouble bipolaire. Mais je suis juste trop déprimée pour faire 30 minutes de sport maintenant. » Et elle m’a dit « Si vous n’avez pas 30 minutes, pouvez-vous juste m’en donner 10 ? » Et ce conseil a changé ma vie. Et maintenant je vise seulement 10 minutes. Et 10 deviennent 20. Et 20 minutes deviennent 30 minutes.

Aujourd’hui nous avons parlé de trois thèmes dans le fait d’accomplir des choses lorsqu’on est déprimé. La pro-activité, la difficulté, et l’urgence. Presque systématiquement, lorsque j’utilise ces stratégies, elles fonctionnent. Mais il y a des jours où le désordre bipolaire ou la maladie des ovaires, ou la Myasthenia gravis, ou tout ça en même temps, gagnent. Et quand cela arrive, je me souviens d’une chose que je veux partager avec vous tous, je veux partager ça avec toute personne qui écoute et combat la dépression, ou qui aime quelqu’un qui combat la dépression :

Oui, la dépression est réelle. Mais l’espoir est réel, le courage est réel, la résilience est réelle.

++Petit bonus pour ceux qui parlent anglais et sont intéressés par plus d’informations, il est possible de s’inscrire gratuitement à la Newsletter Fashionably ill sur www.jessicagimeno.com

Les nouveaux inscrits reçoivent gratuitement une boîte à outils de la dépression, 10 astuces pour réussir à accomplir des choses lorsqu’on est déprimé, et 4 scripts pour réussir à expliquer ses difficultés à des proches, des enseignants ou des employeurs. ++

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