5 mois d’Aïkido…. tu vas vraiment faire ça ??

Le chemin de l’Aïkido est unique pour chacun.e. Je m’en rends compte régulièrement en échangeant avec d’autres pratiquant.e.s. Nous ne rencontrons pas les mêmes difficultés, n’avons pas les mêmes défis à relever, et n’y trouvons pas forcément les mêmes enseignements.

J’aimerais poser aujourd’hui l’état de ma compréhension de la discipline, avant un départ pour 5 mois de pratique intensive. Ce texte s’adresse donc à toi, lecteur ou lectrice  inconnu.e, mais aussi ami.e, membre de ma famille qui m’entend souvent parler de tatamis et de chutes … Et enfin à moi, plus tard, pour tenter mesurer les transformations qui s’opèrent avec la pratique.

Le contexte : M.Mih et moi-même allons étudier l’Aïkido pendant cinq mois chez Juba Nour Senseï, un maître qui a placé son dojo dans la petite ville de Todos Santos en Basse-Californie (Mexique). Départ prévu de l’aéroport Charles de Gaulle lundi 25 septembre.  Si tu veux recevoir des news du voyage, inscris-toi à la newsletter de Framagirl et M.Mih 😉

La vidéo ci-dessous, c’est notre destination !

Pourquoi l’Aïkido ?

à date du 19 septembre 2017…

L’Aïkido m’apparaît comme un chemin de vie, notamment parce que les apprentissages de la pratique peuvent facilement rejaillir sur la vie quotidienne. J’y trouve des principes, des voies à suivre, pour grandir en tant que personne. Mais c’est un apprentissage qui passe par le corps, au lieu d’emprunter des voies plus intellectuelles.

Un iceberg dont je ne vois que la partie émergée

Une impression récurrente pour moi dans l’Aïkido est qu’il s’agit d’un puits sans fonds ou d’un immense iceberg. En quatre années, chacune de mes avancées va avec l’appréhension lointaine de tout ce qui m’échappe.

Je me rappelle 3 ressentis qui datent d’il y a quatre ans, lorsque je me suis engagée sur le chemin de l’Aïkido :

  1. L’impression de prendre place dans mon corps pour la première fois. Comme on enfile une paire de chaussettes bien ajustées. Comme si je découvrais, à 30 ans passés, que je suis un être incarné.
  2. Le grand plaisir en apprenant les « chutes avant » : cette sensation étonnante de me laisser aller en avant, et quelque chose de magique dans le fait d’être à nouveau debout sur mes pieds quelques instants après.
  3. Un sentiment d’urgence : faire beaucoup d’Aïkido pour voir si je peux effectivement y apprendre quelque chose, si mon corps est capable de se conditionner, de sortir de l’immobilité, de grandir, de s’allonger, de « tomber amoureux » de l’effort.

Je te livre 3 idées … et les questions qui vont avec, qui ont surgi depuis. Un état des lieux de ce qui m’anime. On verra bien ce que tout cela sera devenu dans une semaine, un mois, un an…

1. En Aïkido comme ailleurs, la peur est mauvaise conseillère.

Un apprentissage fascinant et probablement sans fin dans l’Aïkido : c’est lorsque je suis calme que je suis le plus en sécurité.

Cet été, dans mon dojo Strasbourgeois de l’Aïkido Strasbourg Eurométropole, nous avons plus particulièrement travaillé les armes (Jo et Bokken). En pratiquant les mouvements basiques sur des attaques Kesa (attaque du jo portée en diagonale, vers la tempe du partenaire), je suis particulièrement saisie par la peur d’être frappée, de ne pas réagir dans le bon timing. J’ai des difficultés à avoir confiance en mes propres réactions (* surtout quand l’enjeu est d’éviter un bâton propulsé vers mon visage !!!*).

Recevoir la technique Sankyo (un exemple en vidéo si vous n’êtes pas Aïkidoka…:-)) voilà un autre exemple, très parlant pour moi, de la nécessité d’être en confiance. Si je prends la fuite, si je m’éloigne, je donne à mon partenaire un levier plus important. C’est en restant proche de mon propre coude, et donc de la personne qui, supposément, me fait peur, que je suis en fait le plus en sécurité. ( *Dit comme cela à l’écrit, cela peut sembler logique, mais vas te déconditionner de l’envie furieuse de t’éloigner d’un type ou d’une lady qui te tord le bras… 😆*)

Je ne peux m’empêcher de me demander… que se passe-t-il lorsqu’on remplace les réactions de peur par une simple vigilance et attention au moment présent ?

Dean Potter, un grimpeur qui pratiquait l’escalade « en solo intégral » pour atteindre ce qu’il appelle le « flow ».  Une concentration qui lui permettait d’évacuer toutes les préoccupations conscientes pour se focaliser sur son ascension uniquement.

2. La souplesse et l’adaptabilité comme protection

Voici une citation provenant de « Tao Te Ching – Lao Tzu », un livre que l’on peut notamment voir sur le shomen du dojo de Chris Mooney sensei, à Birmingham.

Tao Te Ching – Lao Tzu – chapter 76

A man is born gentle and weak.
At his death he is hard and stiff.
Green plants are tender and filled with sap.
At their death they are withered and dry.

Therefore the stiff and unbending is the disciple of death.
The gentle and yielding is the disciple of life.

Thus an army without flexibility never wins a battle.
A tree that is unbending is easily broken.

The hard and strong will fall.
The soft and weak will overcome.

Je vous propose une traduction de ces deux phrases : « Therefore the stiff and unbending is the disciple of death. The gentle and yielding is the disciple of life. » > « C’est pourquoi celui qui est raide et inflexible est un disciple de la mort. Celui qui est délicat et capable de plier est le disciple de la vie. « 

Dans le contexte de l’Aïkido, ces quelques mots rappellent que face à un partenaire puissant, la rigidité ou la résistance ne mènent à rien.

* »Tu rencontreras toujours quelqu’un de plus fort que toi ». C’est encore plus vrai quand tu mesures 1m59.*

Mais qu’y a-t-il après la souplesse et l’absorption d’un coup porté sur le tatami ? Comment cette compétence rejaillit-elle sur une personne, sur sa capacité à s’adapter en permanence aux situations de vie ? Est-ce que l’Aïkido développe dans la vie quotidienne une attitude différente en situation conflictuelle ?

3. La connexion et l’énergie partagée dans l’Aïkido

Les enseignants du Birankaï (école d’Aïkido fondée par T.K. Chiba Senseï ) nous font beaucoup travailler la connexion entre Tori, celui qui effectue la technique, et Uke, celui qui la reçoit. La chute, ou l’Ukemi, est en quelque sorte un déplacement du corps qui permet de conserver le contact le plus longtemps possible sans être blessé.

Il est arrivé parfois que mon corps me semble réagir « tout seul ». Que mon Ukemi (= ma chute) n’ait pas été contrôlé, mais simplement, se soit produit. Je suppose, pour l’expliquer, que ce sont les quelques moments où une véritable connexion était en place, entre Tori et moi-même. Les exemples qui me viennent à l’esprit  sont liés à la pratique avec des enseignants expérimentés, qui peuvent déployer une énergie implacable.

Puis-je en déduire que lorsque l’énergie circule entre les partenaires, l’Ukemi « naturel », « intuitif », « juste » peut alors survenir ? Quelles sont les possibilités offertes par cette capacité à être véritablement connecté.e.s ? Est-ce que cela pourrait ouvrir à une autre compréhension des relations, même au quotidien, hors du tatami ?

Alors… comme toutes ces questions me fascinent, et que j’ai envie d’en savoir plus sur la partie immergée de l’iceberg. 5 mois d’Aïkido ? Oui, je vais vraiment faire ça ! 😀

Tu veux en savoir plus ?