J’ai abandonné l’éducation nationale, et vous ?

Abandon ? Comprenez-moi bien, je ne parle pas d’abandonner le concept de l’enseignement. Je parle d’abandonner le métier de manière individuelle, lorsqu’un.e prof s’avère être malheureux ou malheureuse. Et puis, à vrai dire… Je parlerai ici de la possibilité pour n’importe qui d’abandonner n’importe quoi, lorsque le moment est venu.

Note : Si tu veux sauter directement au paragraphe qui t’intéresse, voilà le programme :

Mon plus gros abandon : le métier de prof.

J’étais prof, entre 2005 et 2009. Prof d’arts plastiques en collège. La première année, celle de mon stage, a été assez délicate. Zone difficile, pas « ZEP », mais tout de même : de grosses disparités sociales dans mes classes, avec des conflits entre les élèves, et aussi entre moi et les élèves. Un tuteur qui faisait de son mieux, mais qui n’était pas non plus un pédagogue inspiré.

Je me souviens d’un conseil en particulier : « Personne ne te remerciera si tu viens en classe alors que tu es malade. Ni les élèves, ni la direction. Alors si ça ne va pas, reste chez toi ». OK… Bienveillant mais pas toujours aidant. Un formateur, la même année :« Vous, les jeunes profs, vous ne passerez pas votre carrière sans avoir un procès au moins ».  [Moi : 🌼🌻🌹🌸😭]

Le souci, c’est que pendant les trois années qui ont suivi, il y a eu beaucoup de jours où ça n’allait pas. Tout simplement parce que le métier d’enseignant, ça ne devrait pas s’apprendre sur le tas, et il devrait y avoir plus de garde-fous pour vérifier que les personnes qui « réussissent » le concours aient par ailleurs l’envie de gérer tout ce qui va avec la vie de prof. Et dans mon cas, il y avait clairement incompatibilité d’humeur.

Inciter des élèves intéressés à découvrir les merveilles offertes par les arts plastiques, oui, c’est génial. Mais le reste… Disons que si on ne s’y attend pas, ça pique les yeux. Et les enfants méritent mieux que des profs qui « supportent » leur métier. Comment générer de l’enthousiasme là où vous êtes vous-même à cours de jus ?

Lors de ma troisième année de titulaire, un basculement s’opère : une collègue part à la retraite. J’ai 25 ans, et je me mets à rêver de la mienne, de retraite. Cela me permet une belle prise de conscience : si je rêve de la retraite à 25 ans, quelque chose ne va pas. Alors j’ai décidé d’arrêter. Je ne savais pas encore comment, mais je savais que cette année de prof serait ma dernière.

Qu’y-a-t-il après l’éducation nationale ?

Je me mets à poser des questions, à droite, à gauche. Je réalise que je ne suis pas la seule à avoir envie de prendre la tangente, mais que la réponse à ce problème est souvent : « mais pour faire quoi à la place ? ». Il y a quelque chose d’important à comprendre à propos des études de prof : elles ne sont pas conçues pour vous aider à le devenir, et elles ne sont pas conçues non pour vous aider à cesser de l’être. On peut faire quoi avec un diplôme universitaire niveau licence, aujourd’hui ? (Le CAPES n’est pas reconnu partout comme un bac +4) Et dans mon cas une licence d’arts plastiques ? Artiste-peintre ? Quand on a une famille, une maison à rembourser ? Bon, ce n’était pas mon cas, coup de chance.

Ma solution a été la formation. J’avais envisagé l’apprentissage, pour avoir des revenus, mêmes peu importants, et finalement je me suis dirigée vers une école de Communication et Médias. Cette école a jugé mon CAPES comme étant un pré-requis suffisant pour m’admettre au concours d’entrée de son Master 2. Après un concours réussi et une année d’études, j’avais donc en poche un diplôme Bac+ 5 de Sciencescom. Au bout de trois mois, j’avais mon premier job de rédactrice web.

Cela dit, j’avais un compagnon et des parents qui m’ont soutenue financièrement pendant cette année de reprise d’études. Alors quelles solutions s’offrent à tous ceux et celles qui ne peuvent pas s’autoriser cette souplesse ?

Voilà les options que j’imagine… je serais ravie que vous ajoutiez des items à cette liste, en commentaires. 😀

1. La formation en apprentissage.
2. L’entrepreneuriat après les heures de cours et pendant les vacances, pour tester et lancer un business:

  • Écrivain public, professeur privé (dans sa propre discipline), concepteur ou conceptrice de contenus pédagogiques.
  • Et pour des choses plus spécifiques à certaines disciplines : traducteur ou traductrice (profs de langue), relecteur-correcteur profs de français), guide (pour les profs d’histoire ou d’arts plastiques)…

Bref. Des pistes existent. Et surtout, en tant qu’entrepreneur, personne ne vous demande de justifier d’un diplôme. Il « suffit » de trouver des personnes qui ont besoin de vos compétences. (Pour prendre confiance en vos aptitudes entrepreneuriales, je vous conseille les formations courtes en ligne de Damien Fauché ou Olivier Roland, tous les deux très intéressants dans leur domaine)

3. La reprise d’une formation initiale post bac + 3 ou bac +4, si vous pouvez vous permettre de quitter l’Éducation Nationale et de financer un ou deux ans d’études.

L’abandon, une opportunité de renaître ?

Je rédige cet article suite à la proposition de Mickaël, de Courir un Trail, (que certains connaissent sous le nom de Monsieur Mih ^^) qui organise un événement inter-blogueurs sur le thème de l’abandon. Pour ma part, j’ai abandonné l’Éducation nationale, et j’aimerais revendiquer l’abandon comme étant un choix possible, et parfois le meilleur des choix.

Poursuivre dans une voie qui ne nous convient pas ou plus n’est pas la meilleure manière de s’épanouir. Je ne parle pas de manque de persévérance, mais de savoir reconnaître une voie sans issue. Parfois, il est intéressant de se dire : tiens, ça, j’arrête, parce que ça ne fait de bien ni à moi ni aux autres.  Une porte se ferme, plein d’autres portes s’ouvrent.

Dans le cadre de l’Éducation Nationale, je pense que c’est se rendre service à soi, aux élèves et à l’institution que de ne pas persister si on n’y est pas (un minimum) épanoui. Et dans tous types de contextes, décider d’abandonner une activité, un challenge, une course, un job… Ce n’est pas nécessairement un constat d’échec. C’est avant tout l’opportunité de se demander : et après, je fais quoi ?

– Quel travail pourrait me convenir mieux ?
– Quel autre entraînement me ferait mieux progresser ?
– Quel prochain défi pourrait me motiver ?
– Quelle entreprise pourrais-je créer ?
– Comment faire pour ne pas être découragé.e la prochaine fois ?

Et en se posant ces questions, en remettant à l’œuvre notre imagination, nous créons de nouveaux possibles, nous sommes vivant.e.s et en mouvement. Je ne prône pas l’abandon comme « choix de vie » en opposition à la persévérance, pas du tout. Mais je pense que nous pourrions valoriser la sagesse de ceux qui savent quand il est temps de passer à la suite. « Persévérance » oui, « entêtement aveugle »… peut-être que non.

Ce que j’ai appris en quittant l’Education Nationale

– que la sécurité de l’emploi n’était pas un critère important pour ma qualité de vie, chose que j’ignorais avant de l’avoir ressenti pour la première fois en effectuant ce saut dans l’inconnu.

– que j’aime être en situation d’apprentissage, me challenger régulièrement. Aujourd’hui je travaille à mon compte et je me forme en continu, un peu chaque jour, sur des sujets liés à mon métier (ou complètement hors-sujet, ce qui m’ouvre des horizons…)

– que mes compétences sont transférables, que je ne suis pas « coincée » par mon CV, bien au contraire. Toute expérience est une valeur à apporter à la suite de votre parcours.

Lorsqu’on a connu un abandon, un échec ou même plusieurs, on a construit une expérience de vie qui a beaucoup de valeur. Lorsqu’on a expérimenté et arrêté quelque chose, en général, il y a une histoire à raconter. Des leçons à en tirer. Et les histoires sont la meilleures des manières de partager ce que l’on a appris, à mon avis.

Et vous, avez-vous déjà abandonné en étant heureux.se de le faire ? Donnez-moi votre avis en commentaire ici plutôt que sur Facebook 🙂


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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Mickaël dit :

    Merci pour cet article, avec un point de vue de l’intérieur.
    Dans les possibilités alternatives, il y a aussi le fait de se rapprocher des pédagogies alternatives pour y être enseignant 😉

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